Prendre la parole, malgré les résistances. Hawa Daff en a fait un engagement. Blogueuse, podcasteuse et journaliste militante, Hawa Daff met l’information au service de la justice sociale et des droits des femmes. Portrait d’une voix montante du paysage médiatique malien.
Dans un paysage médiatique où la neutralité est souvent érigée en règle, Hawa Daff assume une autre voie : celle d’un journalisme engagé. À travers son blog et son podcast « Espac’Elles« , elle aborde sans détour les questions de justice de genre, de violences basées sur le genre, d’espace civique et de participation des femmes à la vie publique. Son travail est un pont jeté entre le silence des réalités occultées et la lumière du débat public. Pour Hawa, informer est un acte de sensibilisation vital pour les femmes africaines qui vivent trop souvent leurs épreuves dans l’isolement.
Le choix de l’engagement : « La neutralité est un silence »
Hawa Daff ne cache pas son positionnement : elle est une journaliste militante. Dans un contexte marqué par des inégalités profondes, elle considère que rester neutre revient à cautionner. Son choix est clair : utiliser sa plume et son micro pour défendre des causes qui touchent les femmes. Son ambition est claire : informer, mais surtout briser le silence autour des réalités que vivent de nombreuses femmes africaines. « Il ne suffit pas de raconter, il faut aussi questionner », semble guider son parcours.
Le déclic, elle le situe dans son environnement immédiat : des femmes confrontées à des injustices, souvent tues, parfois banalisées. Très vite, l’observation ne lui suffit plus. Elle choisit de s’impliquer, de porter des voix, mais aussi de créer des espaces où les premières concernées peuvent s’exprimer.
Des combats multiples au service d’une même vision
Hawa Daff inscrit son engagement dans une approche globale de l’émancipation féminine. Pour elle, les luttes sont liées et se renforcent mutuellement : « combattre les violences basées sur le genre, promouvoir l’autonomisation économique, encourager la participation des femmes à la vie politique et garantir l’accès à l’éducation des filles ». Autant de leviers qu’elle considère indispensables pour construire des sociétés plus justes et inclusives. Sa conviction est claire : sans justice de genre, le développement durable ne peut être qu’un idéal hors de portée.
Porter la parole, coûte que coûte
Mais prendre la parole a un prix. Comme beaucoup de femmes engagées, elle fait face à des critiques, à des tentatives de disqualification et à des pressions, parfois insidieuses. Entre soutien et controverses, ses prises de position suscitent le débat. Un débat qu’elle juge nécessaire. Sur le terrain, son engagement se traduit par des actions concrètes : production de contenus de sensibilisation, participation à des espaces d’échange, et mise en lumière de témoignages souvent invisibilisés. Son podcast « Espac’Elles » s’inscrit dans cette dynamique, comme un espace de parole et de réflexion.
Le 8 Mars, au-delà de la simple célébration
Pour Hawa Daff, le 8 mars s’éloigne des célébrations folkloriques. Elle définit cette journée comme un triptyque essentiel : Mémoire, Revendication et Évaluation. Loin des approches symboliques, elle appelle à faire de cette date un véritable levier d’action, marqué par des engagements politiques concrets et une prise en compte réelle des attentes des femmes.
Un message à la relève
Aux jeunes journalistes qui aspirent à suivre son chemin, Hawa Daff livre trois recommandations essentielles : se former, se documenter et se protéger. « Votre voix compte, mais votre crédibilité est votre force », rappelle-t-elle. Par ce mélange de rigueur professionnelle et de passion militante, Hawa Daff trace un sillon inspirant, prouvant que le journalisme, quand il est guidé par des convictions, peut véritablement transformer les sociétés.
Cet article a été rédigé par Aminata Y. Coulibaly et édité par Koumba Coulibaly dans le cadre de l’initiative des Kalamògnòn visant à mettre en lumière huit femmes journalistes engagées dans la promotion des droits des femmes à l’occasion de la célébration du 8 mars.